Avant-propos personnel

Avant-propos personnel

Laissez-vous porter par la voix de Josée.
0:00

Josée Masson

Travailleuse sociale, Fondatrice & Présidente-directrice générale

Depuis près de trente ans, j’ai choisi de mettre des mots sur ce que la société préfère taire : la maladie grave, la mort et les tempêtes qu’elles soulèvent. Je n’ai jamais eu peur de parler de ces choses-là. Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai jamais vraiment fait les choses “comme les autres” non plus. Ce que vous vous apprêtez à lire est à la fois un héritage et un outil vivant. Il porte l’âme et les fondements de Deuil-Jeunesse, pour qu’ils traversent le temps et continuent d’inspirer ceux qui accompagnent, soutiennent ou vivent ces réalités.

J’ai créé Deuil-Jeunesse comme travailleuse sociale, sans formation en gestion, en philanthropie ou en marketing. J’ai appris à la dure : une décision à la fois, en suivant mes instincts et en m’entourant des bonnes personnes. On m’a appelée “la défricheuse” parce que j’ai ouvert la voie aux jeunes endeuillés. Mais l’herbe n’a pas toujours été tendre : mettre au monde un organisme s’est avéré multiplier les sacrifices, vivre des nuits blanches, prendre des décisions difficiles et investir des heures incalculables.

Image

Depuis mes débuts dans la pratique clinique, je visualisais Deuil-Jeunesse tel qu’il est aujourd’hui.

Je me souviens d’un moment fondateur : lors de ma première rencontre avec Justine McHugh, j’ai griffonné sur un napperon ma vision d’un organisme avec des points de service, une présence élargie… et même internationale.

J’étais inspirée!

Sans l’avoir lu, j’obéissais au principe de John P. Strelecky dans Les 5 grands rêves de vie : il faut d’abord clarifier la fin qu’on souhaite écrire puis avancer avec détermination, sans laisser la peur guider nos pas. C’est exactement ce que j’ai fait.

On m’a dit « chanceuse » de faire le métier que j’aime mais, croyez-moi, la chance n’y est tellement pour rien : j’ai travaillé avec acharnement, portée par les paroles et les témoignages “poignants” d’enfants, d’adolescents, de parents et d’intervenants qui m’ont empêchée d’abandonner. Je sais aussi que j’ai été et que je suis encore perçue comme une “menace”, car je n’ai jamais eu peur de me lever devant ceux qui n’allaient pas dans mon sens pour défendre ceux qui souffrent. J’ai réussi à rassembler une communauté de gens qui avaient à cœur les mêmes convictions. Je suis sensible mais je suis aussi une leader forte quand je crois en quelque chose. Certains administrateurs m’ont surnommée “l’arme à séduction massive” pour ma détermination inflexible. Moi je me dis “frondatrice” ça dit tout!

J’ai tout fait pour être une présidente-directrice générale solide mais humaine, centrée sur le bien-être des gens souffrants, de l’organisme et sur celui de mon équipe, et ce, bien souvent avant le mien. Même si certains employés ont dû travailler trop longtemps dans mon ombre, le relais se passe doucement. Je le confie avec confiance et fierté à une grande équipe qui incarne, avec passion, cette magnifique mission.

Écrire ce récit, c’est me recentrer sur l’essentiel.

Pour raconter ce qui ne se dit pas dans une publicité, une reddition de compte, un rapport ou une entrevue. J’y pose des mots sur l’âme de Deuil-Jeunesse, sur ses racines, sur ce qui l’a fait naître et ce qui continue de le faire tenir debout. Vous y trouverez le cœur et la structure de Deuil-Jeunesse : sa philosophie, ses valeurs, sa façon d’aborder la souffrance et de cultiver la résilience. En annexe, j’ai choisi aussi de rassembler certaines de mes conceptions, ces outils créés au fil du temps et qui font partie intégrante de notre façon d’intervenir.

C’est un travail rigoureux de réflexion, de collecte de données et de structuration que j’ai mené sur plus d’une année avec, au départ, un soutien professionnel et enrichi par l’expérience et les idées de plusieurs membres de l’équipe, que je remercie chaleureusement. Chaque fois que j’ai pensé l’avoir terminé, je finissais inévitablement insatisfaite pour finalement le laisser se déposer en moi, prendre du recul et le recommencer. C’est un document très important pour moi et finalement, je l’ai réécrit entièrement en le personnalisant sous la forme “je” afin de visiter ses profondeurs.

Professionnellement, ce récit soutient la continuité, la cohérence et l’uniformisation de nos pratiques, tout en respectant la singularité de notre approche. Sur le plan de la gouvernance, il permet de mieux cerner ce qui distingue Deuil-Jeunesse : nos actions, nos idéologies et notre posture humaine. Il s’inscrit dans la continuité du plan stratégique 2023-2028.

Deuil-Jeunesse, c’est une grande histoire : la mienne et celle de milliers de personnes.

Une histoire de succès, de grands défis et de courage. Puisque je ne suis pas éternelle, je souhaite que ces pages rendent la source inébranlable, pour que son essence ne se perde jamais. Pour qu’on n’oublie pas. Mais ne pas oublier ne veut pas dire ne pas se transformer. J’ai passé ma vie professionnelle à voir les gens se transformer, à me transformer moi-même et à voir Deuil-Jeunesse se transformer. Vous ressentirez cette transformation au fil des mots qui passent du “je” au “nous”!

Ce document n’est pas une procédure ni une politique : c’est une mémoire vivante. Un témoignage de fondatrice. Un tremplin pour la suite. Parce que Deuil-Jeunesse a été bâti par le cœur, il vous est raconté avec le cœur. C’est aussi une invitation à comprendre, à s’approprier, à porter cette vision plus loin et à la faire vivre, aujourd’hui et demain. Bienvenue dans ce que j’ai mis des années à construire, avec mes tripes, mon cœur et l’aide de gens lumineux. J’ai une profonde gratitude envers vous tous qui avez façonné avec moi le chemin.

À la lecture de cette histoire, vous verrez que je ne nomme personnellement que très peu de gens. C’est la crainte d’en oublier qui justifie ce choix. Si j’avais remercié tous ceux qui ont facilité la route de Deuil-Jeunesse, ce guide comporterait des centaines de pages supplémentaires! Vous vous reconnaîtrez, je le sais. Et sachez qu’à l’écriture, vous étiez là et dans mon cœur vous y serez à jamais.

En lisant, j’aimerais que vous ayez envie que l’expertise de Deuil-Jeunesse demeure et que ses fondements se perpétuent. Et que chacun, à sa façon, veille à ce qu’il continue d’exister demain. En le refermant, je souhaite que chacun se rappelle pourquoi Deuil-Jeunesse est né : parce qu’il fallait que ça existe.

Bonne lecture… et surtout, bonne rencontre avec ce qui fait de Deuil-Jeunesse un organisme unique.

Bienvenue au cœur même de l’univers de Deuil-Jeunesse.